Ses pas résonnaient dans la ruelle, montaient vers les cieux en écho, se perdaient dans les étoiles présentes par centaine dans le ciel. Encore ce soir, il allait le faire. S'amuser jusqu'à ce qu'il ne le puisse... Simplement plus. Comme chaque soir, la lune semblait briller en son honneur, étendre ses rayons seulement dans quelques coins de ruelles afin de créer une atmosphère parfaite, entre ombres et ténèbres. Le silence l'enveloppait paisiblement, lui chantant doucement des mots que lui seul pouvait entendre, des mélodies chargées de promesses. Le visage pâle de l'homme était aussi impassible qu'un masque, un masque où on aurait dessiné un mince sourire, un sourire à glacer le sang. Alors que ses pas le menaient à un endroit que lui seul connaissait, ses yeux perçants d'un bleu éclatant semblaient briller d'une lumière particulière sous les reflets passagers de l'astre, observant avec une précision calculée chaque coin de la longue et trop étroite ruelle qu'il parcourait. Il savait qu'il trouverait quelqu'un ici, il en était sûr... Bien que cette ruelle fût éloignée, plusieurs l'empruntaient souvent comme raccourci, et en particulier des jeunes femmes. Ces pas s'arrêtèrent alors brusquement lorsqu'il entendit de lointaines foulées. D'un geste, il se cala contre le mur, espérant disparaître dans l'ombre de la nuit, bien que sa peau d'albâtre n'ait pas l'habitude de se fondre dans le noir. Il prêta l'oreille, percevant entre la cadence de la marche le froissement caractéristique du tissu. Il attendit, simplement, longuement : l'âme était loin, et particulièrement lente. Il n'essaya pas de se l'imaginer : ce serait trop cruel. La surprise serait bien plus délicieuse... Dans un mouvement vif, prémédité depuis quelques minutes, il attrapa la femme par le ventre pour l'attirer vers lui : elle lâcha un grand cri qui fit frissonner l'homme de plaisir. Elle essaya de se débattre, elle cria de plus en plus, mais il l'en empêcha d'en faire plus encore en plaquant sa main contre sa bouche. Il ne put qu'étouffer ses cris, mais il aurait été trop dommage d'en faire plus : les hurlements de peur d'une victime étaient si exquis... Tous ses muscles se bandèrent afin de retenir la jeune femme contre lui, adossé sur le mur. De sa main posée sur sa bouche, il pencha la tête de la jeune femme jusqu'à ce qu'elle découvre son cou, puis fit quelques pas de côté afin de l'exposer dans un rayon de lune. Il plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme, d'ambre, d'or et de cuivre. Elle avait de si beaux yeux... Ses cheveux auburn glissaient sur ses épaules tels de larges rubans de soie, et son court veston de daim était encore parfumé de l'odeur douce du cuir. Les lèvres de l'homme se posèrent doucement sur sa gorge alors qu'elle se débattait toujours, en proie à un furieux effroi, comme le témoignaient ses yeux noyés de panique. Il laissa simplement ses lèvres parcourir tendrement sa gorge, comme le ferait un amant, mordant parfois violemment la peau tendue de sa gorge, alors qu'il sentait distinctement les vibrations de ses cris. Sa peau dégageait une douce odeur d'herbe parcourue de rosée, un parfum particulièrement enivrant. Un soupir sortit des lèvres entrouvertes de l'homme alors qu'il se dégageait lentement de son cou pour laisser sa langue effleurer doucement son lobe d'oreille dépourvu de tout bijou. Sa main qui la retenait se serra encore plus sur son ventre, l'entraînant vers son torse musclé. Tout en embrassant tendrement sa gorge aux saveurs suaves, il fit glisser sa main sous le chandail de la jeune femme pour simplement entrer en contact avec sa peau couverte d'une fine couche de sueur. Elle se débattit encore plus, à son plus grand plaisir, essayant par tous les moyens de crier, de s'enfuir, de sauver sa vie. C'était pourtant tellement inutile... Mais une victime calme ne serait-elle pas des plus ennuyantes? Le défi l'intéressait, et jamais il n'avait eu une victime aussi déterminée, ce qui ne le déplaisait pas du tout. La main reposant sur sa bouche se retira afin de tenir fermement les épaules de la demoiselle alors que l'autre main quittait le ventre tendrement chaud pour sortir de sa longue botte une courte lame qui, l'instant d'un moment, comme à son habitude, se laissa enveloppé d'une aura blanche sous les reflets de la lune, se moquant ouvertement de tous quant à sa véritable destinée. À la vue de sa compagne, de son amie de toujours, de son arme, l'homme frissonna de plaisir, un sentiment grisant le possédant tout entier. La femme tempêtait si bien qu'il avait du mal à la retenir et il dut se faire rapide afin qu'elle ne s'échappe pas, la ramenant vers elle alors qu'elle allait s'enfuir. Il pressa ses avant-bras sur ses épaules et sur son ventre, la tenait si fermement qu'il put sentir à travers sa peau hâlée les battements affolés de son c½ur. De la main qui retenait son ventre, il sortit de sa poche une corde avec laquelle il attacha les poignets de la jeune femme sommairement, l'immobilisant au moins en partie. La main de l'homme se déplaça sur sa bouche, avec laquelle il étouffa enfin ses cris, reculant sa tête vers l'arrière tout en revenant poser ses lèvres sur sa gorge qu'il appréciait tant. De la lame acérée, il déchira lentement le veston de la jeune femme jusqu'à en fait tomber une bonne partie au sol, lacérant par la même occasion le ventre de la jeune femme sous le chandail. Le sang ne mit qu'un court instant avant de se répandre, et totalement subjugué par le spectacle, il ne put s'empêcher d'enfoncer un peu plus le poignard à divers endroits sur la peau de son ventre sans hésiter, d'entailler sa peau de part et d'autre afin de voir le sang courir sur sa peau et entre ses doigts. Il s'arrêtait souvent, admiratif, afin de se pâmer devant le sang perlant sur la lame maintenant d'un profond rouge bordeaux. Sans qu'il s'en rende vraiment compte, sous l'effet enivrant du meurtre, une bosse avait déformé son pantalon, et son souffle se faisait plus court et irrégulier. Il n'était nullement intéressé par son corps : seul le sang qui y circulait le captivait, seule la vie avec laquelle il jouait le passionnait. Un rire sortit doucement de sa gorge alors la jeune femme hurlait de douleur, se démenant dans une vaine tentative de fuite. Il enfonça une fois pour tout le poignard au niveau de la faible poitrine de la victime, tout en libérant ses lèvres, jusqu'alors clos par sa main, au même instant. Celle-ci lâcha un grand cri de douleur qui embrassa de concert le soupir de contentement du meurtrier. Il la laissa tomber au sol sans plus de ménagement, la dévorant de son regard bleu d'acier alors qu'elle se vidait lentement de son sang, tentant infructueusement, tout d'abord, de s'enfuir, avant d'abandonner, et de laisser la Mort l'amener dans son entre. Ses yeux étaient fixés sur la victime, un grand sourire étirait ses lèvres, ses yeux brillaient, ses lèvres riaient. Il l'observa jusqu'à son dernier cri, jusqu'à son dernier soupir, puis jusqu'à ce que la dernière étincelle de vie quitte définitivement son corps. Sa lame vint rencontrer le tissu de sa chemise alors qu'il l'essuyait nonchalamment, puis il se retourna, quittant le corps en courant pour disparaitre dans la nuit. Le seul témoin de ce meurtre fut sans doute cette porte d'acier, juste derrière lui, couverte d'inscriptions haineuses, bordée d'une vieille arche de pierre, qui en avait vu bien plus que vous ne le pensez.